Jeux de société ou jeux vidéo : pourquoi le plateau ne s’est jamais aussi bien porté – La Forge d'Osiris

Jeux de société ou jeux vidéo : pourquoi le plateau ne s’est jamais aussi bien porté

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Écrit par Orion

Un vendredi soir, deux options sur la table basse : la manette, ou une boîte pleine de cartes et de meeples. On pourrait croire que la première a gagné depuis longtemps. Les chiffres racontent l’inverse. Jamais autant de Français n’ont acheté de jeux de plateau qu’en 2025, en plein âge d’or du jeu vidéo. Voici pourquoi les deux prospèrent ensemble — et ce que ça change pour votre prochaine soirée.

Deux marchés records, la même année

Commençons par tordre le cou à une idée reçue. Non, l’écran n’a pas tué le carton. En 2025, le marché français du jeu de société et du puzzle a pésé autour de 1,1 milliard d’euros, avec environ 35 millions de boîtes vendues et une progression de 4 % en volume sur un an. La France reste le troisième marché mondial du secteur, derrière les États-Unis et l’Allemagne, avec près de 500 nouveautés publiées chaque année.

Dans le même temps, le jeu vidéo français atteignait 5,8 milliards d’euros, en hausse de 2,9 %, porté par l’arrivée de la Switch 2 et par le mobile. Cinq fois plus gros, donc. Mais les deux courbes montent, au lieu de se cannibaliser. C’est ça, l’histoire intéressante : on joue plus, tout court, sur tous les supports.

~1,1 Md€
Marché français du jeu de plateau et puzzle en 2025
5,8 Md€
Marché français du jeu vidéo en 2025 (+2,9 %)
~35 M
Boîtes de jeux vendues en France en un an

Le contexte général aide : le marché du jouet dans son ensemble a signé sa meilleure année depuis plus de vingt ans en 2025 (+7,1 %, 4,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires). Le moteur, ce sont les adultes. Les « kidults », ces trentenaires et quarantenaires qui achètent pour eux-mêmes, sont devenus le relais de croissance numéro un des éditeurs. Un rayon jeu de société en 2025 n’est plus un rayon enfants.

Autre signe qui ne trompe pas : environ deux tiers des Français déclarent jouer à des jeux de société, et l’engouement déborde du plateau classique. Le segment des jeux de cartes à collectionner a bondi de 78 % en 2025 selon l’institut Circana, tiré par les jeunes adultes. Autrement dit, la même génération qui joue des heures sur console réserve aussi un budget grandissant au carton et aux cartes.

Pourquoi le plateau revient si fort

La première raison tient en un mot : les écrans. Un adulte français passe en moyenne plus de six heures par jour devant un écran, et une large majorité se dit dépendante de ses outils connectés. À force, un contre-mouvement s’installe. Le jeu de plateau offre exactement ce que la journée numérique retire : une activité où l’on est physiquement là, sans notification, sans onglet ouvert en arrière-plan.

C’est un point que le jeu vidéo, même en multijoueur, réplique mal. Autour d’une table, on lit les visages, on se charrie, on négocie à voix haute. Le lien social n’est pas un bonus, c’est le cœur de l’expérience. Une partie de Codenames ou de 7 Wonders laisse le souvenir d’une soirée passée ensemble, pas d’un score.

Deuxième raison : le jeu moderne s’est énormément amélioré. On est loin du Monopoly interminable de l’enfance. Les auteurs d’aujourd’hui savent installer une partie en deux minutes, la boucler en quarante-cinq, et donner envie de rejouer immédiatement. Le secteur parle de « snackable gaming » : des jeux courts, intenses, sans quarante pages de règles. C’est le format qui a fait le succès de titres comme Sea Salt & Paper ou The Crew.

Troisième raison, plus discrète : le jeu en solo. Longtemps marginal, le mode solo est devenu un argument de vente majeur. Jouer seul, le soir, loin des écrans, est devenu une forme de décompression — une sorte de yoga mental pour citadins fatigués. Un gros jeu expert sans mode solo bétonné part aujourd’hui avec un handicap commercial réel.

Il y a enfin une raison économique et humaine. Une boîte à 25 ou 30 euros s’aménage en dizaines de soirées à plusieurs : ramené à l’heure de jeu partagée, le rapport qualité-prix écrase celui de bien des loisirs. Et là où un jeu vidéo réunit rarement trois générations sur la même partie, le plateau y parvient sans effort : un enfant de huit ans, ses parents et ses grands-parents peuvent s’affronter à armes égales sur un Azul ou un jeu d’ambiance. Ce partage intergénérationnel est l’un des arguments les plus cités par les acheteurs.

💡 Notre conseil

Si les jeux vidéo vous ont habitué aux univers immersifs, ne débutez pas par un party game bruyant : il risque de vous paraître creux. Visez un jeu « passerelle » avec une vraie tension de décision, comme 7 Wonders Duel à deux ou Wingspan en petit comité. Vous y retrouverez le plaisir de progression d’un bon jeu vidéo, sans manette.

Ce que le jeu vidéo a offert au jeu de plateau

Le renouveau du plateau doit beaucoup à son grand frère numérique. Toute une génération d’auteurs a grandi manette en main, et ça se voit sur les tables.

La campagne et le legacy

L’idée d’une aventure qui évolue de partie en partie, où vos choix laissent des traces définitives, vient tout droit du RPG vidéo. Les jeux « legacy » poussent la logique jusqu’au bout : on colle des autocollants, on déchire des cartes, la boîte se transforme. Gloomhaven est le meilleur exemple de ce « jeu vidéo de rôle posé sur une table » : des centaines d’heures de campagne, un arbre de compétences, des monstres à débloquer.

L’immersion thématique

Les jeux vidéo ont habitué les joueurs à l’immersion. Le plateau a suivi, en soignant la mise en scène. Sky Team vous met à deux dans un cockpit, sans un mot, à poser vos dés au bon endroit pour ne pas rater l’atterrissage : la tension est aussi forte qu’un niveau chronométré.

Le compagnon numérique

Paradoxe assumé : de plus en plus de jeux de plateau utilisent une application. Elle gère la minuterie, l’ambiance sonore ou une intelligence adverse, tout en laissant le cœur du jeu sur la table. L’écran devient alors un accessoire au service du carton, pas l’inverse.

La circulation se fait aussi dans l’autre sens, d’ailleurs. Nombre de succès du plateau ont été adaptés en versions numériques soignées, qui servent souvent de porte d’entrée : on découvre un jeu sur tablette, on finit par acheter la boîte pour y jouer « en vrai ».

Pas un duel : un pont entre deux mondes

Opposer les deux loisirs n’a donc pas grand sens. Ils ne répondent pas au même besoin. Le jeu vidéo excelle dans l’expérience solo prolongée, la performance technique, les mondes ouverts. Le jeu de plateau, lui, est imbattable sur un terrain précis : réunir de vraies personnes dans la même pièce et créer du souvenir commun.

La bonne nouvelle, c’est que les deux publics se recoupent de plus en plus. Le joueur de 2026 alterne sans complexe : une soirée coopérative sur console avec des amis lointains, une partie de plateau le week-end avec les mêmes amis autour d’une table. Si vous venez du jeu vidéo et voulez tenter le plateau, voici six titres qui font le pont — du grand classique accessible à la campagne fleuve.

Aucun de ces jeux ne demande de talent particulier à la manette. Ils demandent juste de s’asseoir, de couper le téléphone une heure, et de laisser la partie opérer. C’est peut-être ça, au fond, le vrai luxe de 2026.

Questions fréquentes

Les jeux de société vont-ils disparaître à cause des jeux vidéo ?
Rien ne le laisse penser. En 2025, le marché français du jeu de plateau a progressé en volume, porté par un public adulte croissant. Les deux loisirs grandissent en parallèle car ils répondent à des envies différentes : la performance solo d’un côté, le lien social en présentiel de l’autre.
Quel jeu de plateau pour quelqu’un qui aime les jeux vidéo ?
Cherchez une vraie tension de décision et un sentiment de progression. 7 Wonders Duel à deux, Wingspan pour son moteur à construire, ou Gloomhaven pour retrouver l’ambiance d’un RPG en campagne sont d’excellents points de départ.
Pourquoi les adultes achètent-ils autant de jeux de société ?
Deux raisons se combinent : la fatigue des écrans, qui pousse à chercher des moments sans notifications, et la qualité des jeux modernes, plus courts et plus malins qu’avant. Les « kidults » sont aujourd’hui le premier moteur de croissance du secteur.
Une application dans un jeu de plateau, est-ce encore du « vrai » jeu ?
Oui, tant que l’application reste un accessoire. Dans les meilleurs cas, elle gère la minuterie, la musique ou un adversaire automatique, mais toute la réflexion et l’interaction se passent sur la table, entre les joueurs.

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